‹ Charles BaudelaireChapitre 103 sur 257 · La vie antérieure, XII · texte numérisé non relu

La vie antérieure, XII

douloureux qui le fait languir ' ». Il rêve ; il luisemble, tour à tour, être l'amant de lady Macbeth, « âme puissante au crime », ou de cette Nuit, fille de Michel-Ange,^ aux' appas façonnés aux bouches des Titans ^ » ; enfin, de la jeune géante dont il parcourt à loisir les magnifiques formes pour s'endormir à l'ombre de ses seins.

Comme un hameau paisible au pied d'une montagne ^.

Combien de femmes traversent ainsi ses rêves ? il l'ignore. La Malabaraise, esclave aux pieds fins, aux hanches larges, aux yeux de velours, plus noirs que sa chair ^. La mendiante rousse, dont le jeune corps maladif,

Plein de taches de rousseur, A sa douceur \ ^

Et Dorothée, la créole à l'ombrelle rouge \ Et Francisca, voluptueuse et dévote, dont il célèbre les « laudes » en latin liturgique \ Et, mêlant, — excitant nouveau, — la religion au péché, l'amour sacré à l'amour profane, cette maîtresse dont il ose faire une madone, à laquelle, comme à la Vierge, il ose creuser une niche tout émaillée d'azur et d'or :

Tu verras mes Pensers, rangés comme les Cierges Devant l'autel fleuri de la Reine des Vierges,

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