Le Couvercle, Supplément XIII
l'art et l'œuvre 177
son esprit qui veille et flotte sur sa pourriture comme un feu follet sur un marécage. Considérant l'humanité que ronge le même ver, que fauche la même mort, et le ciel implacable ; arrivé au terme de toutes les expériences et de toutes les douleurs, se survivant quand même dans Tessence spirituelle et supérieure de son être, — voici qu'il est saisi d'orgueil. « L^orgueil, dit Pascal, contrepèse et emporte toutes les misères \ » C'est la suprême tentation. Alors le bon ange du poète fond sur lui, furieusement, comme un aigle, et le saisit par les cheveux, et le secoue, et le torture de ses poings de géant. «Voici, lui crie-t-il, la dernière minute ; repens-toi, aie un mouvement de charité, un seul, et ta vie peut se rallumer encore à la gloire de Dieu ! »
Mais le damné répond toujours : « Je ne veux pas ! Je ne veux pas ! - »
Alors l'ange l'abandonne, le laisse retomber.
Et maintenant, il ne lui reste plus qu'à descendre jusqu'au centre de l'Enfer : jusqu'à cette caverne glacée où Dite, Lucifer aux trois faces, aux ailes de chauve-souris, ronge le crâne de Judas ^ Le voici qui traverse le fleuve, dans la barque où Charon, le sombre mendiant, transporte les âmes des plus morts parmi les morts. Comme don Juan, il voit surgir autour de lui les fantômes de toutes