LE PURGATOIRE ET LE PARADIS
Nous avons cité déjà cette conclusion de Barbey d'Aurevilly, à la fin de son article sur les Fleurs du Mal ' :
Quand un homme et une poésie en sont descendus jusque-là, — quand ils ont dévalé si bas, dans la conscience de l'incurable malheur qui est au fond de toutes les voluptés de l'existence, poésie et homme ne peuvent plus que remonter.
Baudelaire a donc touché le fond de l'Enfer : d'un coup de talon, brusquement, il va s'enlever jusqu'aux étoiles. \
Comment s'opérera le salut ? Par la souffrance, par le sentiment que le poète a de son propre génie, par le culte désintéressé de l'art, par le spiritualisme ; enfin, après tant de voluptés égoïstes et coupables, par un amour pur et rédempteur. Il ne faut pas oublier que cette descente au fond des enfers est la vision d'une nuit. Le poète a rêvé sa damnation comme il rêvera son Paradis.
Mais il n'a pas rêvé, il a vécu son Purgatoire.