‹ Charles BaudelaireChapitre 114 sur 257 · CXVI · texte numérisé non relu

CXVI

2. Rappelons celte note des journaux intimes : <> Après une débauche, on se sent toujours plus seul, plus abandonné. » (OEuvres posthumes, p. 130).

l'art et l'œuvre 181

Baisé la stupide Matière Avec grande dévotion, Et de la putréfaction Béni la blafarde lumière.

Enfin, nous avons, pour noyer

Le vertige dans le délire,

Nous, prêtre orgueilleux de la Lyre,

Dont la gloire est de déployer

L'ivresse des choses funèbres.

Bu sans soif et mangé sans faim ^ !...

Mais c'est en vain qu'il se hâte de souffler sa lampe pour se cacher dans les ténèbres. Il entend le tic-tac impitoyable et régulier de la pendule : « Souviens-toi I Le plaisir s'est enfui, il ne te reste plus que le remords et la douleur. Le temps passe : qu^as-tu fait du temps ?0 mortel folâtre et prodigue, les minutes sont des gangues qu'il ne faut point lâcher sans en extraire tout Tor. Vois : la clepsydre se vide. Bientôt sonnera l'heure où le repentir, cette dernière auberge, se fermera devant toi et te dira : il est trop tard M » Le poète a beau se boucher ses oreilles. 11 sent, il voit dans son propre cœur un serpent jaune qui le ronge, et qui sussure : « Pense à ton devoir, car, demain, vivras tu ' ? » Alors, évoquant les cloîtres où tant d'illustres moines, après une existence de prière et de labeur, glorifiaient la mort avec simplicité, il s'écrie :

Mon âme est un tombeau que, mauvais cénobite, Depuis TEternité je parcours et j'habite ; Rien nembellit les murs de ce cloître odieux.

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