‹ Charles BaudelaireChapitre 115 sur 257 · L'avertisseur, Suppl. X · texte numérisé non relu

L'avertisseur, Suppl. X

0 moine fainéant ! quand donc saurai-je faire

Du spectacle vivant de ma triste misère

Le travail de mes mains et l'amour de mes yeux ' ?

Il pense à sa jeunesse douloureuse et gaspillée :

Ma jeunesse ne fut qu'un ténébreux orage,

Traversée çà et là par de brillants soleils

Voilà que j'ai touché l'automne des idées,

Et qu'il faut employer la pelle et les râteaux -.

Est-ce trop tard ? pourtant, il sait qu'au fond de son cœur dévasté,

Maint joyau dort enseveli

Dans les ténèbres et l'oubli.

Bien loin des pioches et des sondes ;

Mainte fleur épanche à regret

Son parfum doux comme un secret

Dans les solitudes profondes •'.

Il s^attendrit sur lui-même, il se souvient. Autrefois, quand il était enfant, dans son berceau adossé à la bibliothèque, il avait un jour entendu deux voix. L'tjne lui promettait le royaume de la Terre * :

... « La Terre est un gâteau plein de douceur ; « Je puis (et ton plaisir serait alors sans terme I) « Te faire un appétit d'une égale grosseur. »

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