‹ Charles BaudelaireChapitre 117 sur 257 · L'Aube spirituelle, XLVI · texte numérisé non relu

L'Aube spirituelle, XLVI

génie et son cœur ? S'il est un salut pour lui, il ne le trouvera que dans l'art et dans l'amour. Double rançon qu'il devra payer :

L'homme a, pour payer sa rançon, Deux champs au tuf profond et riche, Qu'il faut qu'il remue et défriche Avec le fer de la raison ;

Pour obtenir la moindre rose, Pour extorquer quelques épis, Des pleurs salés de son front gris Sans cesse il faut qu'il les arrose.

L'un est l'Art, et l'autre l'Amour.

Pour rendre le juge propice, Lorsque de la stricte justice Paraîtra le terrible jour,

Il lui faudra montrer des granges Pleines de moissons, et des fleurs Dont les formes et les couleurs Gagnent le suffrage des Anges '.

Les hommes l'ont fait souffrir, ils l'ont trouvé ridicule ; lui-même n'a point su conduire sa vie au port ; c'est qu'il est pareil à l'albatros :

Ses ailes de géant l'empêchent de marcher ^.

Eh ! bien, qu'il se souvienne de ses ailes, et qu'il s'envole ! qu'il plane au-dessus de la terre,

Par delà le soleil, par delà les éthers. Par delà les confins des sphères étoilées I

Qu'au-dessus de tous les miasmes morbides dont il a trop rempli ses poumons, il monte se purifier

l.La Rançon, Suppl. IV.

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