Les phares, VI
A ce moment, ii se fait une illumination dans le cœur du poète. Quelque chose lui est révélé, dont le sens lui avait échappé jusqu'alors. Il s'était demandé pourquoi il avait été malheureux, maudit par sa mère, trompé par sa femme, renié par les siens ; pourquoi il avait été un objet de scandale et de mépris pour les hommes. Il avait interrogé le ciel : « Pourquoi le mal et la douleur sur la terre ? » Et, comme la réponse ne lui avait point été donnée, il était tombé dans le désespoir ; il avait cherché l'oubli dans les plaisirs, dans les paradis artificiels, presque dans la mort ; il s'était révolté, il avait blasphémé. Maintenant, il sait, il voit, et il s'écrie :
I Soyez béni, mon Dieu, qui donnez la souffrance
I Comme un divin remède à nos impuretés
Et comme la meilleure et la plus pure essence, Qui prépare les forts aux saintes voluptés ' !
C'est le grand cri chrétien, le cri suprême. La douleur est la plus incorruptible des couronnes pour un front de poète : il l'accepte, il la veut, il l'offre à Dieu en rançon pour son âme. 11 pardonne à tous ceux qui l'ont fait souffrir : la charité, comme un grand fleuve clair, s'épanche dans son cœur qu'elle achève de purifier. Son purgatoire est gravi : pour lui va s'çuvrir le ciel, au seuil duquel une Béatrice l'attend.