‹ Charles BaudelaireChapitre 121 sur 257 · Les hiboux, LXVII · texte numérisé non relu

Les hiboux, LXVII

l'art et l'œuvre 18Ç>

proses, dans sa musique, dans l'architecture de ses basiliques, repris la succession de l'antiquité. Combien les deux inspirations peuvent être intimement unies, les deux derniers tercets de la Muse malade nous le font sentir :

Je voudrais qu'exhalant l'odeur de la santé

Ton sein de pensers forts fût toujours fréquenté,

Et que ton sang chrétien coulât à flots rythmiques,

Gomme les sons nombreux des syllabes antiques, Où régnent tour à tour le père des chansons, Phœbus, et le grand Pan, le seigneur des moissons '.

Ainsi Dante se fait conduire par Virgile et rencontre tous les héros de l'antiquité ; ainsi, dans la Sainte Famille de Michel-Ange, on voit, à l'écart, des athlètes nus ; ainsi, le jubé que Jean de Langeac, évêque de Limoges, fît élever en 1534 dans sa cathédrale, est décoré de six bas-reliefs représentant les travaux d'Hercule, v^

Cette nostalgie d'un monde parfait et sain :

Là tout n'est qu'ordre et beauté.

Luxe, calme et volupté - ;

s'exprime surtout dans une pièce sans titre où Baudelaire oppose l'univers au temps de Saturne et de Rhée, à la dégénérescence moderne :

J'aime le souvenir de ces époques nues.

Dont Phœbus se plaisait à dorer les statues...

Gybèle alors, fertile en produits généreux.

Ne trouvait point ses fils un poids trop onéreux.

Mais, louve au cœur gonflé de tendresses communes,

Abreuvait l'univers à ses tétines brunes.

l.VII.

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