‹ Charles BaudelaireChapitre 122 sur 257 · L Invitation au voyage, l'Ail · texte numérisé non relu

L Invitation au voyage, l'Ail

Et le poète évoque avec mélancolie la jeunesse, la jeunesse du monde et la jeunesse du cœur :

Nous avons, il est vrai, nations corrompues,

Aux peuples anciens des beautés inconnues :

Des visages rougis par les chancres du cœur,

Et comme qui dirait des beautés de langueur ;

Mais ces inventions de nos muses tardives

N'empêcheront jamais les races maladives

De rendre à la jeunesse un hommage profond,

— A la Sainte jeunesse, à l'air simple, au doux front,

A l'œil limpide et clair ainsi qu'une eau courante,

Et qui va répandant sur tout, insouciante

Gomme l'azur du ciel, les oiseaux et les fleurs,

Ses parfums, ses chansons et ses douces chaleurs ' !

Ce classicisme de Baudelaire évoque irrésistiblement la Renaissance, et surtout Michel-Ange, un de ses artistes préférés, un de ses « phares » ", N'est-ce pas Michel-Ange qui lui a inspiré ce sonnet, véritable art poétique, auquel conviendrait comme épigraphe la définition formulée par Winkelmann de la beauté classique : « une simplicité noble et une grandeur tranquille » ?

Je suis belle, ô mortels ! comme un rêve de pierre, Et mon sein, où chacun s'est meurtri tour à tour, Est fait pour inspirer au poète un amour Eternel et muet ainsi que la matière.

Je trône dans l'azur comme un sphinx mcompris ; J'unis un cœur de neige à la blancheur des cygnes ; Je hais le mouvement qui déplace les lignes, Et jamais je ne pleure et jamais je ne ris.

Les poètes, devant mes grandes attitudes.

Que j'ai l'air d'emprunter aux plus fiers monuments,

Consumeront leurs jours en d'austères études ;

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