Harmonie du soir, XL VII
G^est le soir de la vie, c'en est aussi l'automne. Le poète craint les rechutes, il est encore obsédé par la pensée de la mort :
J'entends déjà tomber avec des chocs funèbres Le bois retentissant sur le pavé des cours.,.
Tout l'hiver va rentrer dans mon être: colère, Haine, frissons, horreur, labeur dur et forcé...
J'écoute en frémissant chaque bûche qui tombe ; . L'échafaud qu'on bâtit n'a pas d'écho plus sourd... Il me semble, bercé par ce choc monotone, Qu'on cloue en grande hâte un cercueil quelque part...
Il a peur. Il implore en gémissant celle qu'il aime :
J'aime de vos longs yeux la lumière verdâtre, Douce beauté, mais tout aujourd'hui m'est amer...
Et pourtant, aimez-moi, tendre cœur ! soyez mère, Même pour un ingrat, même pour un méchant ; Amante ou sœur, soyez la douceur éphémère D'un glorieux automne ou d'un soleil couchant.
Courte tâche I La tombe attend ; elle est avide I Ah ! laissez-moi, mon front posé sur vos genoux, Goûter, en regrettant l'été blanc et torride. De l'arrière-saison, le rayon jaune et doux ' !
Ce n'est pas sans vertige que le poète s'engage sur le sentier qui monte jusqu'aux pieds de sa lumineuse et maternelle Béatrice. Il a peur de l'amour, et de son propre cœur, ce « lieu saccagé » '\ Et c'est avec angoisse qu'il s'adresse à la bien-aimée, au bon ange :