Causerie, LV ; Sonnet d'Automne, LXIV
Ange plein de gaîté, connaissez- vous l'angoisse,
La honte, les remords, les sanglots, les ennuis,
Et les vagues terreurs de ces affreuses nuits
Qui compriment le cœur comme un papier qu'on froisse ?
Ange plein de gaîté, connaissez- vous l'angoisse?
Ange plein de bonté, connaissez-vous la haine ?... Ange plein de sauté, connaissez-vous les Fièvres ?... Ange plein de beauté, connaissez-vous les rides ?...
Ange plein de bonheur, de joie et de lumières, David mourant aurait demandé la santé Aux émanations de ton corps enchanté ; Mais de toi je n'implore, ange, que tes prières, Ange plein de bonheur, de joie et de lumières ' !
Et, tout en montant, il s'interroge avec anxiété:
Que diras-tu es soir, pauvre âme solitaire, Que diras-tu, mon cœur, cœur autrefois flétri, A la très belle, à la très bonne, à la très chère, Dont le regard divin t'a soudain refleuri ?
— Nous mettrons notre orgueil à chanter ses louanges: Rien ne vafUtla douceur de son autorité ; Sa chair spirituelle a le parfum des Anges, Et son œil nous revêt d'un habit de clarté.
Car la Béatrice lui a dit :
\ « Je suis belle, et j'ordonne Que pour l'amour de moi vous n'aimiez que le Beau ; Je suis l'Ange-gardien, la Muse et la Madone ! ^ »
Le poète achève donc son ascension, guidé par le « flambeau vivant » :
Ils marchent devant moi, ces Yeux pleins de lumières, Qu'un Ange très savant a sans doute aimantés ; Ils marchent, ces divins frères qui sont mes frères, Secouant dans mes yeux leurs yeux diamantés.