La Destruction, GIX
Enfin le Jugement dernier, l'Apocalypse qu'à la fin de cet âge, en 1498, Albert Durer interprète avec son puissant génie, son imagination de visionnaire réaliste. Il y a des pages, dans les Fleurs du Mal, qu'on dirait précisément inspirées de Durer, transposées de Durer en plein xix- siècle. La Gravure fantastique par exemple ;
Ce spectre singulier n'a pour toute toilette,
Grotesquement campé sur son front de squelette,
Qu'un diadème affreux sentant le carnaval .
Sans éperons, sans fouet, il essouffle un cheval,
Fantôme comme lui, rosse apocalyptique,
Qui bave des naseaux comme un épileptique.
Au travers de l'espace ils s'enfoncent tous deux,
Et foulent l'infini d'un sabot hasardeux.
Le cavalier promène un sabre qui flamboie
Sur les foules sans nom que sa monture broie,
Et parcourt, comme un prince inspectant sa maison,
Le cimetière immense et froid, sans horizon,
Où gisent, aux lueurs d'un soleil blanc et terne,
Les peuples de l'histoire ancienne et moderne ^.
Le xv" siècle est donc l'âge de la mort et des tombeaux.
Certes, la représentation, la méditation de la mort est trop la leçon chrétienne par excellence pour que le xiii' siècle n'ait point tenu à la donner constamment aux fidèles. Mais le xiif siècle enseigne surtout par la mort l'immortalité, la béatitude céleste. Le xv% en revanche, crie aux fidèles le néant de la vie, l'inattendue soudaineté du trépas, la nécessité d'être prêt et de se