XCVII
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de la mort, comme s'en inspire Tart du xv° siècle : même représentation, même pensée.
Entre cet art et cette poésie les rapprochements sont évidents, faciles^ D'autres pourtant s'imposent encore, entre la pensée de Baudelaire, l'expression qu'il lui a donnée dans les Fleurs du Mal, et la poésie liturgique, la théologie du moyen âge. Correspondances qu'il ne faudrait certes point exagérer, car elles ne sont pas voulues, directes ; correspondances subtiles, impondérables, — nous ne sommes plus guidés pour les établir par la forme plastique, picturale, — mais qui pourtant ne laissent point, à la lecture, de vous frapper.
M. Ernest Raynaud, qui est un poète et qui croit aux familles d'esprits, aux filiations intellectuelles, a écrit sans insister : « Baudelaire vient de la Bible en passant par le Dante *. » Le nom de Dante, en effet, jaillit spontanément de la plume, lorsqu'on cherche aux Fleurs du Mal des origines, des sources; et, nous l'avons souligné, les amis du poète ont, pour expliquer le sens et la moralité de ce recueil, tout de suite pensé à la Divine Comédie, à V Enfer. Que les Fleurs du Mal puissent être interprétées
1. Baudelaire et Théophile Gantier, Mercure de France, 16 oct. 1917, p. 581.
comme une Divine Comédie moderne, celle du XIX® siècle, nous avons tenté de le faire voir. Y a-t-il eu d'ailleurs sur Baudelaire influence directe de Dante? Il est difficile, et même oiseux, de répondre. Les analogies sont dans la pensée, dans la conception du mal, du péché, du châtiment, de la damnation, dans l'évocation démoniaque. Baudelaire connaissait la Divine Comédie, par la traduction de Fiorentino, publiée en 1840 \ Delacroix, qu'il loue d'avoir été « le traducteur émouvant de Shakespeare, de Dante, de Byron et d' Arioste ^ », et qui a exercé sur lui une action profonde, a dû sans doute, au cours de leurs nombreuses conversations, exalter, expliquer devant lui le grand Italien, D'ailleurs, on le sait, point n'est besoin toujours de lire un auteur pour en subir l'influence : c'est une question d'atmosphère, de correspondances, de. parenté.
Les analogies des Fleurs du Mal avec la Bible tiennent à ce dogme du péché originel dont Baudelaire fait le centre de sa politique et de sa morale, de son esthétique également. Le récit de la Genèse, — le Serpent, l'Eve éternelle ; Adam faible, déchu, livré au mal, victime de la lutte intérieure entre Satan et Dieu, — pourrait servir de préface à un
1. 11 en cite un fragment à propos du Dante et Virgile aux Enfers de Delacroix, Salon de 1846, Curiosités esthétiques, t. II des OEuvres complètes, p. 111-112.
2. L'OEavre et la vie d'Eug. Delacroix : l'Art romantique, t. III des OEuvres complètes, p. 8.
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recueil où il est constamment transposé dans la vie moderne, dans la vie intérieure du poète :
La jouissance ajoute au désir de la force. Désir, vieil arbre à qui le plaisir sert d'engrais, Cependant que grossit et durcit ton écorce, Tes branches veulent voir le soleil de plus près !
Grandiras-tu toujours, grand arbre plus vivace Que le cyprès ^ ?...
N'a-t-on point envie d'inscrire ces vers au bas d'une vieille gravure, extraite d'une Bible allemande ou hollandaise, et représentant TArbre de la Science, l'arbre du désir et de la curiosité ?
Mais la Bible de Baudelaire, c'est la Vulgate. Lisez Bénédiction où le poète persécuté par ses amis, maudit par sa mère, trahi par sa femme, implore la pitié de Dieu et finit par accepter, par désirer, comme une rédemption, la douleur " ; — et maintenant récitez ces versets extraits des Psaumes de la Pénitence :
Amici mei et proximi mei adversum me appropinquaverunt,
et steterniit.
Et qui juxta me erant, de longe steleriint : et vim faciebant
qui quserebant animaiii meam.
Et qui inquirebant mata mihi, locuti sunt vanilates : et dolos
tota die meditabantur.
Ego autein tanquam surdas non audiebain,et sicut mutus non
aperiens os suum...
Quia cinerem tamquani panem manducabam et potum meum
■'cum flelu miscebain...
Eripe me de inimicis tneis, Domine, ad te confugi : doce me
facefe volantatem tuam, quia Deus meus es tu •".