‹ Charles BaudelaireChapitre 136 sur 257 · Bénédiction · texte numérisé non relu

Bénédiction

^^. Psaumes, 37, 101 ol 14-2.

N'y a-t-il point dans les stances françaises, comme nous le disions tout à l'heure, une adaptation à la vie moderne, à la vie intérieure du poète, de la poésie biblique ?

Baudelaire d'ailleurs, — le scrupuleux Baudelaire, si habile à se tourmenter sans trêve en s 'analysant, — a certainement du théologien, du casuiste en lui. M. Anatole France l'a noté, un peu irrespectueusement, comme de juste, dans les sept ou huit pages qu'il a consacrées au poète :

Comme un moine, il éprouve devant les formes de ses rêves, une épouvante fascinatrice... Baudelaire considère les troubles des sens avec la sévérité minutieuse d'un casuiste et la gravité d'un docteur. Pour lui, ces affaires sont considérables : ce sont des péchés, et il y a dans le moindre péché quelque chose d'énorme. La plus misérable créature rencontrée la nuit dans l'ombre d'une ruelle suspecte revêt dans son esprit une grandeur tragique : sept démons sont en elle et tout le ciel mystique regarde cette pécheresse dont l'âme est en péril. Il se dit que les plus vils baisers retentiront dans l'éternité, et il mêle aux rencontres d'une heure dix-huit siècles de diableries '■.

Mettons plus de sérieux et surtout moins de scepticisme à parler de ces choses. Il n'en reste pas moins que M. Anatole France a touché juste. Un théologien du moyen âge, un moine du xV siècle se retrouvent Tun et l'autre dans Baudelaire : le mauvais moine, qui ne sait pas de sa misère faire un instrument de salut ; le théologien orgueilleux que Dieu châtie par l'abêtissement ^ :

Le silence et la nuit s'installèrent en lui, Comme dans un caveau dont la clef est perdue.

1. Charles Baudelaire, dans La vie littéraire, 3' série, 1809, p. 21-22.

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