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Nous imitons, horreur ! la toupie et la boule
Dans leur valse et leurs bonds ; même dans nos sommeils
La Curiosité nous tourmente et nous roule,
Comme un Ange cruel qui fouette des soleils.
Singulière fortune où le but se déplace, Et, n'étant nulle part, peut être n'importe où ! Où l'Homme, dont jamais l'espérance n'est lasse. Pour trouver le repos court toujours comme un fou 1
Notre âme est un Irois-mâts cherchant son Icarie ;
Une voix retentit sur le pont : « Ouvre l'œil ! »
Une voix de la hune, ardente et folle, crie :
« Amour... gloire... bonheur ! » Enfer ! c'est un écueil !
Chaque îlot signalé par l'homme de vigie Est un Eldorado promis par le Destin ; L'imagination qui dresse son orgie Ne trouve qu'un récif aux clartés du matin. ..
Nous avons vu partout, et sans l'avoir cherché, Du haut jusques en bas de l'échelle fatale, Le spectacle ennuyeux de l'immortel péché :
La femme, esclave vile, orgueilleuse et stupide. Sans rire s'adorant et s'aimant sans dégoût; L'homme, tyran goulu, paillard, dur et cupide, Esclave de l'esclave et ruisseau dans l'égoût.
En vérité, Baudelaire est bien le fils de ce monde moderne, tout imprégné de sensibilité catholique, de morale chrétienne, mais auquel manque le cloître — avec l'humilité '.
Voilà pourquoi sans doute, toujours dans son article sur Baudelaire, M. Anatole France a pu
1. Cf. dans le Génie du christianisme, p. II, 1. 3,1e chap. 9: "Du vague des passions.
l'art et l'œuvre , 217
écrire : « Ses meilleurs vers semblent inspirés des vieilles proses de l'Eglise et des hymnes du bréviaire \ »
Notons d'abord que Baudelaire était un latiniste, mais un latiniste qui préférait au latin classique la langue de la décadence. Or, cette langue de la décadence, c'est précisément le latin du moyen âge, de la liturgie. On sait qu'il a composé, pour quelque maîtresse plus ou moins dé\ote, les Fra?icisCcV riiese Laudes ^ :
Novis te caniabo chordis, 0 novelletum quod ludis In solitudine cordis.
Esto sertis implicata,
0 fœmiiia delicata
Per quant solvuntur peccata!
Dans la première édition des Pleines du Mal, il nous donne, en commentaire, ses raisons d'aimer ce latin de la décadence, « suprême soupir d^une personne robuste déjà transformée et préparée pour la vie spirituelle ^ » : c'est qu'il lui semble merveilleusement propre à exprimer la passion moderne et la mysticité.
En feuilletant par exemple, après avoir étudié les Fleurs du Mai, le grand recueil de Dreves*, on constate souvent combien la remarque de M. France