‹ Charles BaudelaireChapitre 142 sur 257 · BAUDELAIRE ET LE ROMANTISME · texte numérisé non relu

BAUDELAIRE ET LE ROMANTISME

Cette conception catholique de l'homme, du péché, de la mort, dépasse le poète lui-même. Nous sommes en présence d'une doctrine et non plus seulement d'un « état d'âme ». Le christianisme angoissé de Baudelaire est, en ce sens, parallèle au pessimisme stoïque d'Alfred de Vigny, et les Fleurs du Mal révèlent une évolution analogue à celle dont les Destinées marquent le terme : les deux poètes sont Fun et l'autre sortis du romantisme.

Mais Baudelaire n'en est sorti qu'à moitié. A peine l'avons-nous entendu claquer la porte, qu'il rentre par un soupirail. Voilà pourquoi il est maintenant nécessaire que nous définissions ses rapports avec le romantisme.

La définition est d'ailleurs aisée : le romantisme de Baudelaire, c'est le dernier avatar, la décadence de ce grand mouvement ; mais c'en est aussi la transformation. Le poète des Fleurs du Mal a pour ancêtres Manfred, René, Obermann, Adolphe, Joseph Delorme, Amaury. Il a beau se montrer fils peu respectueux, indocile, révolté même : la parenté est indiscutable, la généalogie facile à

établir. Elle va no^s révéler comment un type dégénère et comment l'individualisme finit par tuer l'individu. Mais elle va nous montrer aussi comment un type se transforme, et comment à l'exaltation orgueilleuse du moi, — ce qui caractérise le héros romantique, — succède l'analyse impitoyable du moi, ce qui caractérise peut-être tout simplement l'homme moderne.

Baudelaire est un « enfant du siècle ». Il a noté dans ses journaux intimes les « lourdes mélancolies » qui ont accablé son adolescence \ C'est au collège de Lyon, à l'âge où l'on est le plus accessible aux dangereuses influences, qu'il s'est imprégné de romantisme. Une pièce de vers '\ sur laquelle nous aurons souvent à revenir, nous parle de cette époque et de ce collège

Où la Mélancolie, à midi, quand tout dort,

Le menton dans la main, au fond du corridor,...

Traîne un pied alourdi de précoces ennuis.

Et son front moite encor des langueurs de ses nuits.

Cette pièce, dédiée à Sainte-Beuve '\ est le document biographique le plus important que nous possédions sur la jeunesse du poète, car elle nous renseigne précisément sur ses lectures.

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