T. II, L. 64, p. 92, 99 ; L. 89, p
l'art et l'œuvre 233
Le détraquement commence '. Plus rien ne lintéresse : l'amour passe comme une ombre et il ne lèvera même plus le bras pour l'étreindre * ; la nature même cesse d'être un refuge \ Il aboutit ainsi à une sorte de nirvana : — tout est illusion, même la vie individuelle, — à une sorte d'anéantissement factice :
Si j'arrive à la vieillesse, si, un jour, plein de pensées encore, mais renonçant à parler aux hommes, j'ai près de moi un ami pour recevoir mes adieux à la terre, qu'on place ma chaise sur l'herbe courte, et que de tranquilles marguerites soient-là devant moi, sous lé soleil, sous le ciel immense, afin qu'en laissant la vie qui passe, je retrouve quelque chose de l'illusion infinie *.
C'est ainsi qu'Obermann, frère pauvre et bâtard de René, unit Jean-Jacques à Baudelaire, la sensibilité du xviii^ siècle à l'ennui baudelairien, « le retour à la nature » au bouddhisme des Parnassiens.
Obermann est impuissant à s'adapter aux con- \ ditions de l'existence sociale et naturelle, il est ' impuissant à vivre : Adolphe est impuissant à aimer.
Ce qui nous intéresse ici, ce n'est pas de savoir si Baudelaire a subi l'influence de Senancour ou de Benjamin Constant : ni son œuvre, ni sa biographie, ni ses lettres ne nous permettent d'affirmer qu'il ait même lu, bien que cela soit vraisemblable,