‹ Charles BaudelaireChapitre 15 sur 257 · Crépet, p. 54 s · texte numérisé non relu

Crépet, p. 54 s

posa, puis, avec la politesse ancien régime qu'il alTectait, il lui offrit son bras et la reconduisit chez elle K Elle devait rester jusqu'au bout le vampire de son existence à lui.

Son vampire, elle le fut matériellement et moralement. Elle était cruelle et coquette *, Elle le trompait, l'exploitait. En outre, comme presque toutes les femmes de sa race, elle s'adonnait aux liqueurs fortes, tant et si bien qu'elle fut atteinte de paralysie et que son amant la dut mettre à l'hospice. Jusqu'au bout, c'est-à-dire jusqu'à la mort du poète, elle trouva mille moyens de lui soutirer de l'argent, — à lui qui en manquait toujours ! — non seulement pour elle, mais aussi pour un frère qu'elle faisait intervenir au besoin. Baudelaire, qui n'avait su, par amour ou par habitude, s'en dépêtrer bien portante, mit son point d'honneur à la soutenir malade : « Ma mère et Jeanne, maladies de Jeanne », cette note extraite de ses journaux intimes ' nous révèle qu'il considérait cette créature comme un des grands devoirs de sa vie. Quand il lui écrit, ce sont des lettres paternelles, comme à une enfant gâtée *. Ce dévouement est un des beaux traits de son caractère : il rachète bien des défaillances.

Qu'aimait-il en elle? Sa beauté? Les témoignages diffèrent. Théodore de Banville dépeint ainsi Jeanne

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