‹ Charles BaudelaireChapitre 16 sur 257 · P. ex., 17 décembre 1859, Lettres · texte numérisé non relu

P. ex., 17 décembre 1859, Lettres

4a CHARLES BAUDELAIRE

Duval : « Une fille de couleur d'une très haute taille, qui portait bien sa brune tête, ingénue et superbe, couronnée d'une chevelure violemment crespelée, et dont la démarche de reine, pleine d'une grâce farouche, avait quelque chose à la fois de divin et de bestial ^ » Mais Banville était poète, ami du poète. Il semble n'avoir vu la Duval que dans le miroir des admirables vers composés par Baudelaire. D'autres témoignages sont moins flatteurs ^. Une magnifique chevelure devait être en définitive l'unique beauté de cet animal stupide et pervers.

Telle est cette femme qui s'installa dans la vie de Baudelaire comme un oiseau de proie dans un nid désert. « Près de la cheminée, elle demeurait blottie dans un fauteuil bas et y restait silencieuse " », cependant que le poète et ses amis causaient en fumant, dissertaient art et littérature, s'amusaient aux paradoxes. Parfois, son amant lui dictait des vers ou lui en faisait copier. Mais, si Ton ouvre les Fleurs du Mal, on ne peut que reconnaître la profonde influence qu'elle a exercée sur lui. Elle fut une inspiratrice. Gomme le disent MM. Grépet, il sut tirer de cette triste expérience la matière de quelques-unes de ses plus belles œuvres *. Il y a, en effet, dans son grand recueil tout un cycle qu'on peut appeler le cycle de Jeanne Duval ou de la Vénus noire. Ge n'est point encore le lieu d'étudier ces pièces. Bornons-nous à dégager les sentiments qu'elles expriment.

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