‹ Charles BaudelaireChapitre 150 sur 257 · Ghap. IL · texte numérisé non relu

Ghap. IL

au xviii' siècle, car le siècle qui vient de finir, pèse sur lui comme sur Obermann et René, — mais un libertin d'une espèce particulière : triste, ayant Tesprit surexcité davantage encore que les sens, et désabusé. La contagion romantique, nouvelle cause, s'est, en effet, emparée de ce jeune homme si pareil, au fond, à un chevalier de Boufflers. Adolphe aussi, est las avant d'avoir vécu; la pensée de la mort l'obsède :

Je ne trouvais qu'aucun but ne valait la peine d'aucun effort '. Vous connaissez ma situation, écrit-il ailleurs, ce caractère qu'on dit bizarre et sauvage, ce cœur étranger à tous les intérêts du monde, solitaire au milieu des hommes, et qui souffre pourtant de l'isolement auquel il est condamné -.

C'est toute la sensibilité romantique, elle se superpose en quelque sorte à la sensualité du libertin xvin" siècle; elle l'exalte à la fois, ce libertin, et lui enlève sa hardiesse, elle le rend violent et timide, l'ironie amère remplace l'esprit léger. A la recherche des plaisirs faciles et des liaisons peu dangereuses, elle substitue la manie des passions. Avec cela on fait son malheur et le malheur des autres. Avec cela on s'atrophie le cœur au profit des sens et du cerveau, et c'est encore une cause principale d'impuissance. « Lisez ces lettres- qui vous instruiront du sort d'Adolphe ; vous le verrez dans bien des circonstances diverses toujours la victime de ce mélange d'égoïsme et de sensibilité qui se combinait en lui pour son malheur et celui des autres \ » De là cette duplicité ; on se ment

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