Lettre à l'éditeur
■ l'art et l'œuvre 237
à soi-même et l'on ment par tous ses actes, par toutes ses paroles à la personne aimée. Parce qu'on a commis une faute initiale : on a cherché Taventure par gageure, par égoïsme ; on est parti sous l'impulsion d'une idée, non d'un sentiment. On a échauffé cette idée par l'imagination et, ce qu'on s'applaudissait de feindre, on a fini par l'éprouver. Insincère au début, Adolphe portera toujours le châtiment d'avoir pris cette mauvaise route : « Malheur à l'homme qui, dans les premiers moments d'une liaison d'amour, ne croit pas que cette liaison doit être éternelle ' ! »
Et voici la suprême et dernière cause d'impuissance : lorsque l'impulsion initiale n'a point été donnée par le cœur, mais par le cerveau, l'imagination, les sens ; lorsqu'on a pris sans se donner, lorsqu'on a manqué de sincérité à l'égard de soi, et de l'autre, on demeure, même et surtout aux moments les plus passionnés, extrêmement lucide. On ne cesse de s'analyser ; or, s'analyser, n'est-ce point se détruire? On s'analyse d'autant plus volontiers que, une fois encore, ces premiers enfants du xix^ siècle conçus par les vieillards de l'ancien régime — -et les pères et les fils ne se comprendront plus, — ont hérité précocement d'une expérience desséchante. Avant de vivre, ils ont vécu.
Je hais celte vanité qui s'occupe d'elle-même en racontant le mal qu'elle a fait, qui a la prétention de se faire plaindre en se décrivant, et qui, planant indestructible au milieu des ruines, s'analyse au lieu de se repentir -.
i. Chap. III.