‹ Charles BaudelaireChapitre 152 sur 257 · Réponse à l'cdilcur · texte numérisé non relu

Réponse à l'cdilcur

Terrible condamnation prononcée contre Adolphe par Benjamin Constant lui-même, avec toute sa rigueur de calviniste. Et il en ajoute une autre : celle de manquer de caractère. Le manque de caractère est la conséquence logique de la faiblesse native, de la ruine de l'individu par l'individualisme. L'orage des passions romantiques peut faire illusion par son bruit : mais il ne suffit pas, pour être un caractère, d^être une intelligence lucide, une sensibilité raffinée. Un homme de caractère, c'est toujours un homme de cœur et de volonté. Un homme de caractère, c'est un homme capable d'unité, qui ne se laisse pas décomposer par l'analyse et dépolariser par les impressions infinies : Adolphe manque donc de caractère, il est impuissant à aimer, « parce que ses qualités prennent leur source dans ses émotions et non dans ses principes ^ » Voilà ce qui condamne ceux qui, précisément, prennent l'individualisme pour un principe.

Baudelaire, avons-nous dit, n'a subi l'influence de Chateaubriand que de haut. En revanche, celle 'de Sainte-Beuve sera directe et profonde, — plus profonde, croyons-nous, qu'on ne l'a jusqu'à maintenant supposé. C'est par Amaury qu'on peut établir une filiation entre Baudelaire, Obermann et Adolphe.

Notons tout d'abord que les relations de Baude-

l. Lettre à l'éditeur.

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laire avec Sainte-Beuve sont personnelles \ Vis-à-vis du grand critique, le grand poète a toujours su prendre une attitude déférente d'admirateur ; bien plus, il s'est comporté comme un disciple à l'égard d'un maître. C'est en 1844, pour la première fois, qu'il se hasarde à lui écrire, à lui envoyer précisément ces vers où il nous parle de sa jeunesse, du collège et de ses lectures romantiques '. Reprenant à son compte une parole de Stendahl, « j'écris, avoue-t-il, pour une dizaine d'âmes que je ne verrai peut-être jamais, mais que j'adore, sans les avoir vues ', » et il souligne. En 1862, il se déclare toujours « l'amoureux incorrigible des Rayons jaunes et de Volupté '' ». Le 15 mars 1865, de Bruxelles, il écrit encore :

Le soir, après le dîner, je relis Joseph Delorme, avec Malassis. Décidément, vous aviez raison : Joseph Delorme ; c'est Les Fleurs du Mal de la veille, La comparaison est glorieuse pour moi. Vous aurez la bonté de ne point la trouver offensante pour vous '\

Le 15 janvier 1866 :

J'ai tâché de me replongfer dans Le Spleen de P,%ris (poèmes en prose), car ce n'était pas fiiii. Enfin, j'ai l'espoir de pouvoir montrer, un de ces jours, un nouveau Joseph Delorme accrochant sa pensée rapsodique à chaque accident de sa flânerie, et tirant de chaque objet une morale désagréable Joseph Delorme est venu là tout naturellement. J'ai repris la lecture de vos poésies ai ovo. J'ai vu, avec plaisir, qu'à chaque tournant

1. Cf. F. Vanderem. Baudelaire et Sainte-Beuve, le Temps présent iyi4.

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