‹ Charles BaudelaireChapitre 153 sur 257 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

de page je reconnaissais des vers qui étaient d'anciens amis. Il paraît que, quand j'étais un gamin, je n'avais pas si mauvais goûti.

Et il continue en indiquant quelles sont, dans les trois recueils de son maître et ami, les pièces qu'il préfère ; il se permet d'ailleurs de formuler quelques critiques. C'est la dernière lettre à Sainte- Beuve que nous trouvions dans la correspondance. Elle nous démontre que, jusqu'à la fin de sa vie, Baudelaire est resté fidèle à ses admirations d'étudiant.

Le jeune Baudelaire a donc subi l'influence de Sainte-Beuve, Et d'abord celle de Joseph Delorme.

La Vie, poésies et pensées de Joseph Delorme est une œuvre qui a bien vieilli. Par la forme qui est gauche, affectée, traînant encore après soi des oripeaux classiques. Par le fond, qui est d'un romantisme en décadence. Joseph Delorme, en effet, se trouve, dans la dégénérescence du type, d'un degré plus bas encore qu'Adolphe et qu'Obermann. René pouvait passer pour un héros : Joseph Delorme n'est qu'un personnage falot et sans consistance. On l'a surnommé « un Werther jacobin " ». Voyons en lui un Werther beaucoup moins passionné, beaucoup moins artiste, en un mot beaucoup moins vivant que celui de Gœthe, mais encore plus faible, plus malsain, plus malade. Joseph De-

i. Ibid., 493-494 s.

2. Le mot est de Giiizot ; Cf. G. Michaul, Sainte-Beuve avant les Lundis ; Paris, 1913, p. 172.

l'art et l'œuvre 241

lorme est sans auréole : plébéien jaloux, qui ne fréquente pas le grand monde, ni même la grande nature, mais se traîne au soleil, sur les trottoirs ou dans la banlieue. Cet étudiant en médecine sent le cadavre. 11 est plus qu'un impuissant : un raté qui, après des velléités de suicide, meurt phtisique et fou.

Si maintenant, nous cherchons ce qui, dans ce recueil comme aussi, plus tard, dans les Consolations et dans les Pensées d'Août^ a pu* soit au point de vue de Tinspiration, soit à celui de h forme, intéresser et même influencer Baudelaire, nous ne découvrirons, en somme, pas grand'chose. Sainte-Beuve était à l'affût d'innovations rythmiques. Quelques-unes ont dû frapper notre poète : l'emploi voulu des assonances et des allitérations,

— on connaît ce vers déjà cité par Théophile Gautier dans sa notice en tête des Fleurs du Mal ':

Sorrente m'a rendu mon doux rêve infinie -...

— mais surtout, nous le croyons, ces tentatives de disloquer l'alexandrin pour le rapprocher de la prose, dans les pièces d'inspiration intime et populaire. Le poète des Tableaux parisiens et des Petites vieilles doit peut-être quelques indications à celui de la Contredanse, de l'exquis morceau qui débute par ce vers :

Toujours je la connus pensive et sérieuse.

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