Le creux de la vallée, i03 s
Sainte-Beuve a trouvé son thème ùans une lettre de Diderot à M''° Voland \Sans doute, les Rayoïis jaunes ne sont pas un chef-d'œuvre : la facture en est gauche et la forme mal adaptée au sujet ; néanmoins, ce poème étrange a frappé Baudelaire. En voici d'ailleurs l'analyse :
Un dimanche soir, Joseph Delorme est assis près de sa fenêtre ; les promeneurs rentrent chez eux, bourgeois et boutiquiers, ouvriers en habits de fête. Ils font du bruit et Joseph essaie en vain de lire. Un dernier rayon de soleil jaunit les rideaux blancs, et tout devient jaune, dans la pensée et dans le rêve du poète. Alors il évoque son enfance religieuse, la foi qu'il a perdue, tout ce qui symbolisait cette foi : les cierges jaunes sur Tautel, l'ivoire jaune du crucifix, les pages jaunies du missel, le front jauni du vieux prêtre qui commence la messe. Puis, c'est la pensée de la mort qui l'obsède : il se souvient d'avoir vu mourir sa bonne vieille tante, il songe que sa mère mourra elle aussi ; il songe qu'à son tour il mourra dans la solitude et que nul ne viendra planter sur sa tombe des roses jaunes et de jaunes soucis. Cette pensée l'accable à un tel point que, pour la fuir, il descend dans la rue et, mêlé à la foule des ivrognes, va noyer son angoisse dans un cabaret... Telle est cette pièce dont Baudelaire avoue, en 1862, qu'il est demeuré « amoureux incorrigible ^ ».