G. Michaut, op. cit., p
l'art et l'œuvre 24î>
Comme Amaury, ne sentait-il point que le christianisme, le catholicisme était inné en lui, « suc du premier allaitement », « air natal » "dont les poumons sont encore remplis i ? Et puis, comme Amaury toujours, comme Sainte-Beuve lui-même qui procède à la fois, ici, de Pascal et de Chateaubriand, ne se sentait-il point déchiré, dans cette atmosphère de la foi sans la foi, par l'effrayant dualisme intérieur, la lutte sans lin entre l'âme et la chair ?
Comme un combat qui se livre incessamment en nous sans pouvoir se trancher d'un côté ni de l'autre, et l'âme en prostration, qui est le prix du combat, sert aussi de champ de bataille et subit tous les refoulements contraires, et ne sait, à la fin de chaque journée, à qui elle appartient - 1
Comme Amaury enfin, tourmenté par la soif d'une affection pure, ne confessait-il point tout ce qu'il y a de sacré dans Tamour, et de rédempteur ? Ne cherchait-t-il pas, lui aussi, une madone à implorer ? Mais, hélas ! il avait corrompu la source d'amour sincère que tout homme porte en son cœur, d'abord par les pensées, l'imagination, ensuite par les actes coupables dont il avait prit l'habitude.
Comme le divorce de l'amour et des sens se fait vite, forcément ! douleur ou dégoût, comme leur distinction profonde se manifeste ! A mesure que les sens avancent et se déchaînent en un endroit, l'amour vrai tarit et s'en retire... De là aussi, dans l'excès des diversions sensuelles, et passé un certain terme, la ruine en nous de la puissance d'amour... Dans un bon nombre de sensibilités orageuses que la religion n'a pas dirigées, mais que le vice ou la vanité n'ont pas entièrement perdues, c'est donc quand les sens ont jeté leur premier feu et que leur