Livre I
l'art et l'œuvre 267
comprend que le Satan de Milton ait élé pour lui un modèle.
Mais il a eu un autre modèle encore : Byron.
De toutes les influences que Baudelaire ait subies au cours de son adolescence et de sa jeunesse romantiques, celle de Byron fut Tune des plus fortes. Il lui doit, dans son œuvre, le cainisme et le satanisme que nous révèlent encore les Fleurs du Mal: quoi de plus byronien que les Litanies de Satan^
— un beau morceau d'ailleurs, — ou Abel et Caïn,
— une pièce d'inspiration forcée, artificielle ' ? il lui doit, dans ses mœurs, une bonne part de son anglomanie et de son dandysme. Par son attitude provocante et méprisante à l'égard de la foule, le plaisir de passer et de se faire passer pour un criminel, par son goût pour les excès raffinés et les étranges débauches, on voit que Baudelaire a voulu jouer parfois au héros byronien. N'oublions pas d'ailleurs que la véritable influence de Byron en France a été tardive et s'est exercée surtout sur les dernières générations romantiques ^
Quel est donc ce héros byronien dont, par adoption, Baudelaire est le petit- fils ? Taine, auquel il faut revenir toujours quand on veut parler de Shakespeare, de Milton ou de Byron, l'a caractérisé de la sorte :
Le moi, l'invincible moi, qui se suffit à lui-même, sur qui rien n'a prise, ni démons, ni hommes, seul auteur de son bien