La Traduction de Laroche, en 4 vol., dale de
et de son mal, sorte de Dieu souffrant et tombé, mais toujours Dieu sous ses haillons de chair à travers la fange et les froissements de toutes ses destinées, voilà lé héros et l'œuvre de cet esprit '.
Le héros de Byron, — et nous définissons en même temps ses ancêtres : les personnages de Shakespeare, les démons de Milton,' — r c'est un homme en action dans une nature en mouvement ; c'est une force en quête d'adversaires et d'obstacles, un géant solitaire qui parcourt le monde à grands pas, un captif qui a brisé ses chaînes, mais qui ne peut sortir de son cachot ; un révolté qui s'attaque à Dieu lui-même et ne reconnaît d'ancêtres que dans Lucifer et Gain ; un désespéré, un maudit dont le front est déjà marqué par la foudre, et qu'une mort terrible et retentissante attend au bout de sa carrière ensanglantée. Dans ce héros, dans Bjron lui-même, on reconnaît le lord anglais imbu de sa noblesse malgré ses idées démocratiques et ses tirades révolutionnaires ; on reconnaît, malgré son impiété, le protestant anglo-saxon tout imprégné de la Bible ; on reconnaît le descendant de ces Normands qui lançaient leurs barques lourdes à travers les vagues pour piller et pour conquérir. Cet homme inséparable de son œuvre comme Prométhée de son roc, cet homme fait d'égoïsme et d'orgueil, mais d'idéalisme et de générosité, possède une véritable puissance, une véritable grandeur : on comprend la fascination qu'une telle poésie et qu'un tel poète ont dû exercer sur le jeune Baudelaire.