Act. m, se
rongé par un remords analogue à celui de René, cet individualiste surhumain, assez fort pour supporter ce que d'autres ne pourraient supporter en rêve sans mourir ^, n'arrive avec son énergie déchaînée, — « la patience ! la patience ! arrière I ce mot fut créé pour les bêtes de somme, non pour les oiseaux de proie M » — qu'à tout détruire autour de lui, ■et qu'à se détruire lui-même. Il crée la solitude mais ne trouve point la paix. « Je ressemblais au simoun solitaire, à ce vent dont l'haleine dévore et brûle ; il n'habite que le désert, il ne souffle que sur des sables stériles où nul arbuste ne croît ; il se délecte sur leurs vagues sauvages et arides ; il ne cherche personne, ni personne ne le cherche ; mais, à tout ce qu'il rencontre, son contact est mortel. Tel a été le cours dç mon existence ^ » Et voici le châtiment de cet orgueil qui n'a d'égal que celui de Lucifer : « Je fus et je serai encore mon propre bourreau S » Pourtant, il y a dans une telle âme un sentiment profond de l'immortalité, de la noblesse humaine : Manfred est un chrétien qui s'est trompé de route et cherche inconsciemment sur les glaciers la foi perdue. « Vieillard, dit-il à l'abbé de Saint-Maurice qui essaie vainement d'obtenir de lui une prière, il n'est pas si difficile de mourir ^ » Cette grande parole est peut-être une prière. Voilà pourquoi il faut voir dans ces révoltés du romantisme, l'homme moderne qui souffre quand il pense