‹ Charles BaudelaireChapitre 179 sur 257 · OEiivres posth., p. 91, j. intimes · texte numérisé non relu

OEiivres posth., p. 91, j. intimes

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maxime morale procèdent en partie sans doute de La Bruyère et La Rochefoucauld. Quant au xviii^ siècle, il n'en retiendra que la galanterie, la « politesse », Tart de Boucher et de Watteau.

En somme, chez les anciens auteurs, Baudelaire n'a guère cherché, trouvé que lui-même : la confirmation de ses idées, des correspondances avec son art. Nous observons, dans son culte pour Edgar Poe, le même phénomène de mimétisme. Car il était un génie assez puissant, il avait assez d'unité dans sa complexité toute moderne, pour concilier, absorber, assimiler des contraires.

Ce que nous découvrons, pour notre part, de plus classique en Baudelaire, c'est la doctrine, sa conception de la littérature. L'homme seul, — le cœur humain, les passions, les conflits entre l'âme et la chair, — l'intéresse et lui semble digne d'inspirer le poète. La nature ne vient qu'au second plan, comme toile de fond, comme décor. L'art non plus, ■ s'il doit être indépendant de la vérité scientifique et de la morale, ne saurait exister sans la pensée, la raison. En ce sens, il s'écarte aussi bien des parnassiens que des romantiques et marque un retour vers le' Grand Siècle.

Ajoutons enfin qu'il reprendra, consciemment ou non, certains procédés classiques de composition. Il aura le goût de l'allégorie ; on le verra composer les Métamorphoses du vampire ^ sur le plan même du Songe d'Aihaiie. Cet artiste à la vision

1. Pièces condamnées, GXXKII. Cf. l'amusante — et probante — démonstrationdeR.deGourmont :Baude/aire et le Songe d'Athalie, p. 85 s. des Promenades littéraires, 2' série, 5" éd., Paris, « Mercure de France », 1913.

si nette, si pénétrante, au style si concentré, au langage si direct, laissera traîner jusque dans ses meilleures pièces de vieux oripeaux, des lieux-communs, parfois des platitudes ; il emploiera volontiers des termes abstraits, des expressions convenues, ira même jusqu'à l'emphase et la rhétorique. Jusqu'à quel point seront-ce là des défauts ou au contraire des effets voulus, un art suprême, nous le verrons en étudiant les Fleurs du Mal dans les détails de la composition, du style et du vers.

Au moment où Baudelaire composait ses premières poésies, cherchait et trouvait sa forme, — c'est-à-dire vers 1840, — le vers romantique était en train d'évoluer, comme le romantisme lui-même, et de se transformer en vers parnassien.

Nous savons ce qu'est le vers romantique. Essentiellement pittoresque, évocateuV ; étincelant de couleur^ frappant les yeux'^utant que les oreilles ; débarrassé des termes*^énéraux, abstraits, des figures, des inverserons, des périphrases ; enrichi par le vocabulaire populaire et technique, les archaïsmes ou les néologismes ; se déroulant, harmonieux et libre, à la suite de l'image ou de la pensée, après avoir rompu tous les vieux barrages de la proso* die classique ; se plaisant à enjamber pour mettre en relief une image, une épithète ; variant ses coupes, arborant comme un cimier la rime inattendue et sonore ; pareil, tantôt à un fleuve débordé, tantôt à du métal en fusion.

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Peu à peu^ ce métal se refroidit ; ce fleuve débordé tend à rentrer dans son lit, à se canaliser, à s'immobiliser en lacs. Un retour se fait aux formes fixes, rigides, difficiles ; le sonnet, la ballade, le rondeau. Le vers de pittoresque devient plastique : il s'efforce de rivaliser avec la peinture, la sculpture ; il s'efforce d'être lui-même, et matériellement, une œuvre d'art comme un émail, un camée, une pièce d'orfèvrerie, une tapis d'Orient, un coffret des Indes. La personnalité du poète s'efface de l'inspiration ; en revanche, elle s'affirme (Tau tant plus dans la forme ; de là ce qu'il j a dans \miâmÊtÊi9f^Hin9''W^eT5, de voulu, de bizarre, d'artificiel. Le vocabulaire se complique : il ressemble à un musée d'histoire, d'archéologie, d'ethnographie, de sciences naturelles. Et surtout, de plus en plus, la rime impose au poète une véritable tyrannie.

La rime romantique était un bel ornement ; la rime parnassienne est un jou^, — d'or ou d'ivoire, mais un joug. Ce dogme de la rime riche, ce sont les derniers romantiques, les contemporains de Baudelaire, qui le formulent. On connaît la pièce fameuse de Sainte-Beuve, dans ses Poésies de Joseph Deiorme :

Rime, qui donnes leurs sons

Aux chansons, Rime, l'unique harmonie Du vers, qui, sans tes accents

Frémissants, Serait muet au génie...

— et cela continue pendant quatorze strophes \ Hugo, qui a suivi plus de mouvements qu'il n'en

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