Gh. I de l'ouvrage cilé
lente. On voit que le poète en a souci et qu'il ne tombe pas dans la déplorable facilité de cet Alfred de Musset ' pour lequel, comme artiste, il professait beaucoup de mépris. Mais il n'a pas non plus la superstition de la rime riche, de la rime génératrice du vers. Certes, il a subi l'influence des théories et des procédés en honneur chez ses amis, Sainte-Beuve, Théophile Gautier, Théodore de Banville. On trouve dans les Fleurs du Mal des poèmes qui sont tout à fait parnassiens, comme par exemple A une Mendiante rousse ^ :
En place de bas troués, Que pour les yeux des roués Sur ta jambe un poignard d'or Reluise encor...
Citons aussi les deux quatrains du sonnet Sed non saiiata "\ où la volonté de n'avoir que des rimes riches et rares, en limitant très étroitement le choix des mots, oblige le poète à faire, avec une grande maîtrise d'ailleurs, des bouts;^imés :
Bizarre déité, brune comme les nuits, Au parfum mélangé de musc et de havane, Œuvre de quelque obit, le Faust de la savane. Sorcière au flanc d'ébène, enfant des noirs minuits,
Je préfère au constance, à Topium, aux nuits, L'élixir de ta bouche où l'amour se pavane ; Quand vers toi mes désirs parlent en caravane. Tes yeux sont la citerne où boivent mes enniiis...
1. Il lui reproche, entre autres, « son impuissance totale à comprendre le travail par lequel une rêverie devient un objet d'art ». Lettre à Armand Fraisse, 1857 ; p. 140 des Lettres.