Cité par Gassagne, p
nécessité, sa beauté. Elle permet de placer en évidence les mots essentiels sans modifier pour cela le sens de la phrase, et de les amener ainsi à la rime ; elle aide à l'évocation ; elle a parfois une harmonie majestueuse que la tournure directe et régulière n'aurait pas. Un poète qui a le sentiment du rythme et du nombre, surtout dans l'hexamètre, aura naturellement recours à elle. Ainsi Baudelaire. Prenons par exemple une des pièces intitulées Spleen ' :
Je suis comme le roi d'un pays pluvieux,
Riche, mais impuissant, jeune et pourtant très vieux,
Qui, de ses précepteurs méprisant les courbettes,
S'ennuie avec ses chiens comme avec d'autres bêtes...
Du bouffon favori lu grotesque ballade
Ne distrait plus le front de ce cruel malade... .
Le savant qui lui fait de l'or n'a jamais pu
De son être extirper l'élément corrompu,
Et dans ces bains de sang qui des Romains nous viennent,
Il n'a su réchauffer ce cadavre hébété...
Quatre inversions dans un morceau de dix-huit vers ! Une seule d'ailleurs est désagréable, inharmonieuse :
Et dans ces bains de sang qui des Romains nous viennent,
vers prosaïque et guindé de pseudo-classique.
M. Cassagne fait observer " que l'abus de l'inversion chez Baudelaire provient de ses difficultés à rimer : manquant de mots, il est obligé de se livrer à des contorsions peu naturelles pour amener au bout du vers ceux qui riment le plus facilement entre eux. C'est un des inconvénients du ygçabu-