‹ Charles BaudelaireChapitre 184 sur 257 · LXXYII · texte numérisé non relu

LXXYII

laire restreint, lequel offre par ailleurs bien des avantages. Mais, quand M. Cassagne reproche à Baudelaire d'avoir écrit :

Débris d'humanité pour l'éternité mûrs '^,

il oublie de nous citer toute la stance. La voici :

Honteuses d'exister, ombres ratatinées, Peureuses, le dos bas, vous côtoyez les murs ; Et nul ne vous salue, étranges' destinées ! Débris d'humanité pour l'éternité mûrs !

Non seulement le vers, grâce à Tinversion, garde toute sa sonorité et prolonge l'écho de sa rime, — les rimes en iw étant parmi les plus sonores ; — mais encore, toujours grâce à l'inversion, il permet d'opposer humanité à éternité, deux mots nécessaires à la pensée, sans faire une rime léonine, sans tomber dans le prosaïsme.

Souvent aussi, Baudelaire réalise par l'inversion un elfet, non pas de style, mais d'évocation, d'image. Voici la Malabaraise '^ qui, en hiver, dans les rues boueuses de Paris, songe à son pays natal.

L'œil pensif, et suivant, dans nos sales brouillards, Des cocotiers absents les fantômes épars.

Pourquoi le poète n'a-t-il point écrit :

L'œil pensif, et suivant les fantômes épars

Des cocotiers absents dans nos sales brouillards ?

La raison en est bien simple : c'est pour la continuité de l'image. De même que la Malabaraise,

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