IV
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contient, en eiïet, tout le symbolisme, comme un autre sonnet, la Beauté, contient tout le Parnasse.
La Nature est un temple où de vivants piliers Laissent parfois sortir de confuses paroles ; L'homme y passe à travers des forêts de symboles Qui l'observent avec des regards familiers.
Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité.
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.
Il est des parfums frais comme des chairs d'enfants, Doux comme les hautbois, verts comme les prairies, — Et d'autres, corrompus, riches et triomphants,
Ayant l'expansion des choses infinies,
Gomme l'ambre, le musc, le benjoin et l'encens,
Qui chantent les transports de l'esprit et des sens.
Ce sonnet condense en lui tout l'infini de la nature et de l'art ; il inaugure ainsi une ère nouvelle dans l'histoire de la poésie française. Sa composition est extrêmement intéressante. D'abord, il ne faut pas se laisser tromper par son aspect typographique :.en réalité, c'est une ode ramassée en' trois strophes qui sont d'abord les deux quatrains, puis une d(3rnière strophe de six vers, c'est-à-dire les tercets réunis '. C'est ainsi qu'if faut le prendre et le lire à haute voix. Son architecture est un peu celle d'une pyramide renversée. Le premier quatrain, d'une inspiration qui fait songer à Dante %
1. Celte strophe elle-même se décompose ainsi : 2 -f- 2 4- 2.
2. Ces piliers qui laissent sortir des paroles et ces arbres vivants font songer à la « foret des douleurs' », ch. XIII do l'Enfer.
évoque l'immensité mystérieuse et sacrée de la nature. Le second développe, après l'image du temple, celle de la forêt avec ses échos et ses parfums, ses alternances d'ombres et de lumières. Puis le ton devient plus familier : détails précis, couleurs vives, termes quasi techniques ; et c'est par une sensation très personnelle que se termine ce chefd'œuvre.
•" Le caractère classique des Fleurs du Mal, de leur versification, de leur forme, de leur style, est frappant, mais assez malaisé à définir. Il faut procéder par approximations, éliminations7~par comparaisons successives. Il faut placer le recueil entre le romantisme et le Parnasse. Il faut analyser la structure intime des poèmes, décomposer leur organisme ; percevoir leur ton, étudier leur style ; prendre et peser les rimes et le vocabulaire ; tantôt détacher un vers, tantôt s'attacher à l'ensemble d'un poème. On découvre alors que ce classicisme de la forme, si opposé au romantisme de l'inspiration et du poète lui-même, est surtout un accent, que cet accent à son tour se caractérise par la sobriété, la plénitude, l'adéquation de la forme à la pensée et à l'image. Tordre, l'harmonie et l'équilibre imposés aux éléments du vers. On sent que Baudelaire est toujours maître de son inspiration, que sa volonté la règle et la mesure ; le romantique de tempérament qu'il était, — conscient des deux écueils où s'était brisée la poésie romantique : l'improvisation et le verbiage d'une part, d'autre
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part la sentimentalité, la manie de se mettre en scène directement et sans pudeur, — travaille comme un classique des poèmes dont les sujets auraient effarouché les classiques mêmes auxquels il fait songer.