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2. E. Schérer : Baudelciire, Etudes sur la lilt. conte'nporainc, t. IV, 1866, p. 289 ; et Brunetière, art. cité.
3. Suppl. XIV. Sur la réaction contre l'esprit bourgeois et la « légende de 1830, » qui se forme alors dans des esprits comme Flaubert, Banville, Baudelaire, Laprade, les Concourt, etc., cf. Cassiigne, La, Théorie de l'art pour l'art, p. 117 s.
l'art et l'œuvre 331
Ce sont presque les derniers vers composés par le poète. Qu'y veut-il exprimer ? Son regret d'être venu trop tard, dans un monde embourgeoisé, matérialisé, au lieu d'avoir vécu à la grande époque où le soleil romantique inondait la France de clarté, de poésie. Hélas ! le soleil se cache : à peine en a-t-il vu luire les derniers rayons.
Que le Soleil est beau quand tout frais il se lève. Gomme une explosion nous lançant son bonjour I
— Bienheureux celui-là qui peut avec amour Saluer son coucher plus glorieux qu'un rêve !
Je me souviens !... J'ai vu tout, fleur, source, sillon, Se pâmer sous son ciel comme un cœur qui palpite...
— Courons vers l'horizon, il est tcU'd, courons vite, Pour attraper au moins un oblique rayon !
Mais je poursuis en vain le Dieu qui se retire;
L'irrésistible Nuit établit son empire.
Noire, humide, funeste et pleine de frissons ;
Une odeur de tombeau dans les ténèbres nage. Et mon pied peureux froisse, au bord du marécage, Des crapau(^s imprévus et de froids limaçons.
Voilà un exemple de symbole. Mais le symbolisme exige que le monde extérieur existe pour le poète ; autrement dit, tout symboliste est nécessairement aussi un visuel : il faut voir et faire voir intensément pour suggérer.
Gomment donc Baudelaire voit-il la nature, la nature extérieure? l'aime-t-il, et quelle place occupet-elle dans sa poésie ?
La doctrine philosophique et religieuse de Baudelaire nous permet de répondre à cette question. Exagérant son catholicisme janséniste et quasi manichéen, Baudelaire regarde tout ce qui est naturel comme corrompu, vicié par la chute originelle, donc abominable. Rappelons-nous cette phrase : « La femme est naturelle^ c'est-à-dire abominable ^ » ; et cette autre : « Le commerce est naturel^ donc il est infâme S> ; et celle-ci encore : « La nature entière participe du péché originel ^ » ; et celle-ci enfin : « La nature ne fait que des monstres*. » D'autre part, sa doctrine esthétique, déduite logiquement de la première, — à moins que cela ne soit l'inverse, — l'éloigné du réalisme comme du culte panthéiste de la nature. Le surnaturalisme est pour lui, avec l'ironie, la qualité littéraire fondamentale ^ La beauté d'une œuvre réside à ses yeux dans le caractère individuel, personnel, que l'artiste sait lui donner, soit par la forme, soit aussi par l'inspiration : de là donc la recherche de l'étrange, du bizarre, de l'horrible, de Tartificiel, — en un mot de Vantinalurel autant au moins que du surnaturel °. « Le beau, écrit-il en soulignant, est toujours bizarre. »
Nous pouvons en conclure ceci : on ne trouvera point chez Baudelaire un sentiment de la nature