‹ Charles BaudelaireChapitre 205 sur 257 · OEuvres posth . , J. int · texte numérisé non relu

OEuvres posth . , J. int

6. Curiosités esthétiques, t. II des OEuvres complètes, p. 216 (Exposition de 1855).

l'art et l'œuvre 333

analogue à celui de son contemporain Laprade. Baudelaire ne prêchera jamais, comme Jean-Jacques, le « retour à la nature », au contraire ;dans ses pires moments d'angoisse, d'abandon, de souITrance, de misère, il ne s'écriera jamais avec Lamartine :

Mais la nature est là qui t'invite et qui t'aime.

Quand il aura besoin de solitude, d'oubli, de rêve, ce n'est point dans les champs, dans les forêts, qu'il les ira chercher, mais dans sa chambre close, en lui-même, ou parfois dans la foule, ou dans la nuit à travers les rues, ou même encore hélas ! dans l'opium ou l'alcool...

« Le beau est toujours bizarre. » Baudelaire aussitôt s'explique et se rectifie: « Je ne veux pas dire qu'il soit volontairement, froidement bizarre, car dans ce cas il serait un monstre sorti des rails de la vie [sic !) Je dis qu'il contient toujours un peu de bizarrerie, de bizarrerie naïve, non voulue, inconsciente, et que c'est cette bizarrerie qui le fait être particulièrement le Beau... Tâchez de concevoir un beau banal ! » L'artiste, le poète, n'ira donc point nécessairement chercher le beau hors de la vie, de la nature ; mais dans la vie, dans la nature, il fera un choix, une sélection de caractères. Baudelaire est trop grand artiste, trop grand poète, pour ne pas voir et sentir la nature. Mais, — en cela encore il marque un retour au classicisme, — il la subordonne à l'homme, à la volonté humaine. Avec Delacroix il proclame qu'elle est un dictionnaire et non pas une composition toute faite, prête à être copiée \ Sa beauté n'existe nullement par elle-

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