‹ Charles BaudelaireChapitre 207 sur 257 · Œuvres posth · texte numérisé non relu

Œuvres posth

l'art et l'œuvre 335

vin, Brumes et pluies, le Chant d'automne * ; et dites-moi si même les plus grands poètes de la nature ont su évoquer avec plus d'intensité, plus d'art, le soleil qui fait mûrir les grappes au revers des collines et s'épanouir dans les jardins les roses, ou l'automne avec ses brumes, ses pluies, ses jours trop courts. Ni l'intensité dans l'émotion, ni l'art dans la représentation, n'exigent de longues descriptions avec une abondance de couleurs. Au contraire, il suffît de deux vers pour évoquer un immense paysage :

Vous êtes un beau ciel d'automne, clair et rose ! Mais la tristesse eu moi monte comme la mer ^...

En effet, le grand art de Baudelaire est dans le « paysage suggéré », évoqué indirectement par les sentiments qu'il éveille dans l'âme du poète, par le rythme du vers et les nuances de l'expression. On a rabâché la formule : « Tout paysage est un état d'âme » ; pour Baudelaire il faudrait plus tôt dire : tout état d'âme devient paysage, suggère, évoque un paysage comme une toile de fond. U Elévation, V Invitation an voyage, le Jet d'eau et surtout le Balcon, cette Harmonie du soir qui contient toute la poésie de Verlaine, sont des paysages sentimentaux, des évocations indirectes, ou mieux encore, des sensations de paysages \

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