Les Phares, \'l
quelque dix-sept ans. Ce voyage lui laissa un souvenir ineffaçable \ Il en rapporta des impressions profondes et l'un de ses premiers poèmes. Il ne l'a point jugé digne d'être recueilli dans les Fleurs du Mal ; et cependant, pour l'enfant qu'il était alors, l'évocation ne manque ni de puissance, ni d'harmonie :
Tout là-haut, tout là-haut, loin de la route sûre, Des fermes, des vallons, par delà les coteaux, Par delà les forêts, les tapis de verdure, Loin des derniers gazons foulés par les troupeaux.
On rencontre un lac sombre encaissé dans l'abîme Que ferment quelques pics désolés et neigeux ; L'eau, nuit et jour, y dort dans un repos sublime, Et n'interrompt jamais son silence orageux...
Sous mes pieds, sur ma tête et partout le silence, Le silence qui fait qu'on voudrait se sauver, Le silence éterjiel et la montagne immense, Car l'air est immobile et tout semble rêver.
On dirait que le ciel, en cette solitude. Se contemple dans l'onde, et que ces monts, là-bas, Ecoutent, recueillis, dans leur grave altitude, Un mystère divin que l'homme n'entend pas.
Et lorsque par hasard une nuée errante Assombrit dans son sol le lac silencieux. On croirait voir la robe ou l'ombre transparente D'un esprit qui voyage et passe dans les cieux -.
La pièce est intitulée Inconipatibilité : on ne sait trop pourquoi, mais le titre est déjà très baudelairien, comme d'ailleurs la manière qui est d'évoquer, de suggérer la montagne par des impressions de
1. 11 le considère, dans sa « note autobiographique » (OEavres posth., p. 73), comme un événement essentiel de sa jeunesse.