Œuvres poslh
l'arï et l'œuvre 339
terreur et de mystère. Vous avez sans doute remarqué cet alexandrin si caractéristique :
Le silence qui fait qu'on voudrait se sauver.
11 est amusant de constater que Baudelaire a repris en prose, dans le Spleen de Paris ', cette description :
Je voyageais. Le paysage au milieu duquel j'étais placé était d'une grandeur et d'une noblesse irrésistibles. Il en passa sans doute en ce moment quelque chose dans mon âme. Mes pensées voltigeaient avec une légèreté égale à celle de l'atmosphère ; les passions vulgaires, telles que la haine et l'amour profane, m'apparaissaient maintenant aussi éloignées que les nuées qui défilaient au fond des abîmes sous mes pieds ; mon âme me semblait aussi vaste et aussi pure que la coupole du ciel dont j'étais enveloppé ; le souvenir des choses terrestres n'arrivait à mon cœur qu'atïaibli et diminué, comme le son de la clochette des bestiaux imperceptibles qui paissaient loin, bien loin, sur le versant d'une autre montagne. Sur le petit lac immobile, noir de son immense profondeur, passait quelquefois l'ombre d'un nuage, comme le reflet du manteau d'un qéant aérien volant à travers le ciel. Et je me souviens que cette sensation solennelle et rare, causée par un grand monvemehl par faitement silencieux, me remplissait (i'î/ne Joie mêlée de peur.
Mais il est encore toute une partie de la nature dont il nous reste, pour être complet, à nous demander quelle place elle occupe dans l'art et l'inspiration des Fleurs du Mal : les animaux. M. Henry Dérieux ^ a déjà traité cette question ; nous nous