‹ Charles BaudelaireChapitre 22 sur 257 · Confession, XLV · texte numérisé non relu

Confession, XLV

l'homme et la PEiNSÉE 51

Cependant, la correspondance continue :

Sans doute, sa pensée est toote vers elle, et il ne Iravaille qu'avec son image devant les yeux, peut-être imprimée dans son àrae ; et, fermant les yeux aux réalités angoissantes, — il vit toujours avej J. Duval et cherche de vaines consolations dans les étreintes charnelles, d'où son cœur absent n'emporte que de la rancœur et de la tristesse, — il la voit toute en lui et son effort lui est doux, par l'espoir de lui plaire ; ce sont les années laborieuses des abondantes moissons, traduction des Histoires extraordinaires, articles d'esthétique, la préparation définitive des Fleurs du Mal ^,

Les lettres suivantes nous font constater peu à peu un changement dans les sentiments amoureux de Baudelaire, ou plutôt dans- leur expression ; et ce changement, les vers qu'il ne cesse d'adresser à M"" Sabatier le soulignent encore. Si les premiers billets étaient d'une galanterie raffinée, mais respectueuse, — cette galanterie xviii" siècle que Baudelaire affectait si volontiers, — les premiers vers étaient pour le moins impertinents : il y a des femmes trop belles et trop calmes, qui vous agacent par leur paisible beauté, qu'on voudrait aimer et maltraiter à la fois. Mais les sentiments de Baudelaire s'épureût, se spiritualisent en s'échauffant. Dès la lettre du 7 février 1854 ', M°" Sabatier est mise, à la place de Marie, sur un socle de Madone. Ce n'est plus « celle qui est trop gaie » , celle en qui le poète voulait punir « l'insolence de la nature » : c'est la vierge et l'ange qu'on implore d'en bas, que — sans la toucher — on contemple :

Je ne sais si jamais cette douceur suprême me sep* accordée de vous entretenir moi-même de la puissance qrie vous avez

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