Lettres
acquise sur moi et de l'irradiation perpétuelle que votre image crée dans mon cerveau. Je suis simplement heureux, pour le moment présent, de vous jurer de nouveau que jamais amour ne fut plus désintéressé, plus idéal, plus pénétré de respect, que celui que je nourris secrètement pour vous, et que je cacherai toujours avec le soin que ce tendre respect me commande ^.
Et le 8 mai 1854 :
Toujours la même déplorable habitude, la rêverie et l'anonyme... J'ai si peur de vous que je vous ai toujours caché mon nom, pensant qu'une adoration anonyme, — ridicule évidemment pour toutes les brutes matérielles mondaines que nous pourrions consulter à ce sujet, — était après tout à peu près inhocente, — ne pouvait rien troubler, rien déranger, et était infiniment supérieure en moralité à une poursuite niaise, vaniteuse... N'êtes-vous pas, — et je le dis avec un peu d'orgueil, — non seulement une des plus aimées, — mais aussi la plus profondément respectée de toutes les créatures?... Pour en finir, pour vous expliquer mes silences et mes ardeurs, ardeurs presque religieuses, je vous dirai que quand mon être est roulé dans le noir de sa méchanceté et de sa sottise naturelles, il rêve profondément de vous. De cette rêverie excitante et purifiante naît généralement un accident heureux. — Vous êtes pour moi, non seulement la plus attrayante des femmes, mais encore la plus chère et la plus précieuse des superstitions -.
Cette correspondance anonyme devait durer cinq ans. Il faut supposer d'ailleurs que M""" Sabatier en avait depuis longtemps découvert l'auteur. La publication des Fleurs du Mal et un petit incident sans importance, laissèrent comprendre à Baudelaire tout le ridicule qu^il y aurait pour lui à ne se point déclarer. Il le fit à l'occasion de son procès, le 18 août 1857 :
Les polissons sont amoureux mais les poètes sont idolâtres..^ Vous êtes plus qu'une image rêvée et chérie, vous êtes ma