‹ Charles BaudelaireChapitre 221 sur 257 · Le poète avait d'abord écrit · texte numérisé non relu

Le poète avait d'abord écrit

La gerbe d'eau qui verse

Ses mille fleurs, Que la lune traverse

De ses lueurs, Tombe comme une averse

De larges fleurs.

Mais le contraste entre la tristesse et la gaieté, le bruit de l'eau et le silence de la nuit claire, ne lui parut point assez marqué. Cf. Œuvres posth., p. 39.

0 toi, que la nuit rend si belle,

Qu'il m'est doux, penché vers tes seins,

D'écouter la plainte éternelle

Qui sanglote dans les bassins !

Lune, eau sonore, nuit bénie,

Arbres qui frissonnez autour.

Votre pure mélancolie

Est le miroir de mon amour.

Le Jet d'eau nous permet d'indiquer un autre moyen auquel les poèmes de Baudelaire doivent souvent leur harmonie : les répétitions et les refrains.

Les répétitions et les refrains sont à Tensemble d'un poème ce que les assonances et les allitérations sont à l'intérieur du vers. Faut-il, avec M. Gassagne % voir dans ce procédé une influence des poètes dont Baudelaire était le contemporain et l'ami ? On sait que Banville, par exemple, est revenu aux formes fixes dans lesquelles la répétition est de règle : le rondeau, le triolet, la ballade. Nous n'irons pas si loin : Baudelaire n'était point fait pour ce genre de sport poétique, pas plus d'ailleurs que pour la chanson populaire \ L'influence

Page 1