LU, LUI, LIV, XLVII et XXXVI
2. Projet de préface pour la 2« éd. des Fleurs du Mal, Œuvres posth., 12-13; éd. van Bever, 311.
ses journaux intimes, « que l'irrégularité, c'est-àdire l'inattendu, la suprise, l'étonnement sont une partie essentielle et caractéristique de la beauté \ » Un navire en mouvement est pour lui l'image du rythme : « Je crois que le charme infini et mystérieux qui gît dans la contemplation d'un navire, et surtout d'un navire en mouvement, tient, dans le premier cas, à la régularité et à la symétrie^ qui sont un des besoins primordiaux de l'esprit humain, au même degré que la complication et r harmonie', — et, dans le second cas, à la multiplication successive et à la génération de toutes les courbes et figures imaginaires opérées dans l'espace par les éléments réels de l'objet.
« L'idée poétique qui se dégage de cette opération du mouvement dans les lignes^esi l'hypothèse d'un être vaste, immense, compliqué, mais eurythmique, d'un animal plein de génie, souffrant et soupirant tous les soupirs et toutes les ambitions humaines ^ »
Ce navire, c'est la poésie de Baudelaire. Choisir comme trame une forme simple, régulière, en un mot classique, et sur cette trame faire courir le rythme compliqué, irrégulier, de il'inspiration, de l'émotion: c'est tout l'art baudelairien. Simplicité apparente, complication profonde ; symétrie extérieure, intérieure asymétrie. La versification trace les portées sur lesquelles le rythme pose ses notes. C'est ainsi que la plupart de ces poèmes sont des symphonies.