‹ Charles BaudelaireChapitre 224 sur 257 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

l'art et l^œuvre 353

Tout se ramène à la ligne :

Que la phrase poétique peut imiter (et par là elle touche à l'art musical et à la science mathématique) la ligne horizontale, la ligne droite ascendante, la ligne droite descendante ; qu'elle peut monter à pic vers le ciel, sans essoufflement, ou descendre perpendiculairement vers l'enfer, avec la vélocité de toute pesanteur ; qu'elle peut suivre la spirale, décrire la parabole, ou le zigzag figurant une série d'angles superposés -.

Ce qui détermine la ligne, le tracé du rythme, c'est l'inspiration, — émotion, pensée, image. Ceci nous dévoile le m^'stère de la composition chez Baudelaire. Il ne pensait pas directement en vers, mais, si l'on ose risquer l'expression, « en rythmes ». Voilà pourquoi ses plus belles pièces ont souvent un prototype en prose. C'est le principe du vers libre qui est le rythme dégagé de la versification. On trouve dans ses Œuvres posthumes ' une ébauche qui devait faire partie de la seconde édition des Fleurs et qui s'est condensée dans cet épilogue en tercets du Spleen de Paris, où le poète célèbre la nouvelle « grande prostituée », 1' « énorme catin » :

Le cœur content, je suis monté sur la montagne '..,

Or, si l'on examine de près l'ébauche, qui est un véritable poème en vers libres ; si surtout on la lit à haute voix, on v découvre une suite d'imaaes. très belles, très puissantes, qui s'enchaînent les unes aux autres, qui sont déjà cousues la plupart sur

1. Projet de préface, OEiivres posth., 17-18, et l'éd.. v. Bever, o 1 7 .

■>. 19-20, el van B., 319-20. Cf. Lettres, lellre à Poulel-Malassis, mai 1860, p. 265.

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