Spleen de Paris
une trame d'alexandrins accouplés parfois en tercets, mais dont le rythme est nettement marqué, la ligne nettement dessinée. La pièce est faite : il nV manque plus que les vers où s'enfermera, comme entre ses digues, le mouvement irrégulier du rythme.
Cette conception de l'art n^a guère besoin pour se réaliser de coupes nouvelles : Baudelaire est, sous ce rapport, un assez pauvre inventeur ; — ni de rimes riches : au contraire, si la rime est, aux yeux de notre poète, indispensable à l'harmonie du vers français qui, sans elle, risquerait d'être sourd et terne, elle n'en est plus, elle ne saurait en être la génératrice. La rime bat la mesure : c'est là son rôle. Elle marque la fin de chaque mètre dans le développement du rythme. Elle pose des bornes svmétriques dans le mouvement continu, irrégulier de la phrase. Elle est donc importante : elle n'est pas toujours essentielle, en ce sens qu'on ne la saurait considérer comme organique. Nous voyons ainsi comment notre poète diffère des parnassiens et annonce de loin les « verslibristes ».
Ce qui est organique, c'est la concordance du vers avec la phrase, de la phrase avec la sensation ou la pensée. Cette concordance mas^que les points que suivra la ligne et en détermine la courbe. Voici des exemples, nous les empruntons en partie à une étude que nous avons déjà bien souvent citée ':