‹ Charles BaudelaireChapitre 236 sur 257 · P. 279 s. et 282 s. (CIV et CV · texte numérisé non relu

P. 279 s. et 282 s. (CIV et CV

sièges, sur les impériales, des jeunes gens sveltes et des femmes accoutrées des costumes excentriques autorisés par la saison assistent à quelque solennité du turf qui file dans le lointain ; tantôt un cavalier galope gracieusement à côté d'une calèche découverte, et son cheval a l'air, par ses courbettes, de saluer à sa manière. La voiture emporte au grand trot, dans une allée zébrée d'ombre et de lumière, les beautés couchées comme dans une nacelle, indolentes, écoutant vaguement les galantel'ies qui tombent dans leur oreille et se livrant avec paresse au vent de la promenade.

La fourrure ou la mousseline leur monte jusqu'au menton et déborde comme une vague par dessus la portière. Les domestiques sont roides et perpendiculaires, inertes et se ressemblant tous ; c'est toujours l'efTigie monotone et sans relief de la servilité, ponctuelle, disciplinée ; leur caractéristique est de n'en point avoir. Au fond, le bois verdoie ou roussit, poudroie ou s'assombrit, suivant l'heure et la saison. Ses retraites se remplissent de brumes automnales, d'ombres bleues, de rayons jaunes, d'effulgences rosées, ou de minces éclairs qui hachent l'obscurité comme des coups de sabre '.

Quelle impression de gravure anglaise coloriée, se prolongeant en paysage d'automne ! Tous ces détails, toutes ces couleurs, tout ce bruit se perdent dans les sous-bois humides où la lumière du soir silencieux a de la peine à filtrer à travers le feuillage.

1. Le Peintre de la vie moderne, XIII. Les voilures. Art. rom., 111-112.

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