‹ Charles BaudelaireChapitre 242 sur 257 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

C'est une léte de femme renversée dans un cadre très étroit. A droite dans le haut, un petit bout de ciel ou de rocher — quelque chose de bleu ; — les yeux de la Madeleine sont fermés, la bouche est molle et languissante, les cheveux épars. Nul, à moins de la voir, ne peut imaginer ce que Tartiste a mis de poésie intime, mystérieuse et romantique dans cette simple tête. Elle est peinte presque par hachures comme beaucoup de peintures de M. Delacroix ; les tons, loin d'être éclatants ou intenses, sont très doux et très modérés ; l'aspect est presque gris, mais d'une harmonie parfaite. Ce tableau nous démontre une vérité soupçonnée depuis longtemps... : c'est que M. Delacroix est plus fort que jamais, et dans une voie de progrès sans cesse renaissante, c'est-à-dire qu'il est plus que jamais harmoniste.

Delacroix : avec Wagner et Théophile Gautier, la grande admiration, le grand culte de Baudelaire. 11 lui a consacré une étude d'une importance capitale : L'OEiwre et la vie d'Eugène Delacroix \ Pour lui, la France, sauf David et Lebrun, n'a pas de plus grand peintre ; pour lui, Delacroix est l'émule de Rubens, de Raphaël et de Véronèse. Delacroix, c'est pour Baudelaire un type d'homme complet, comme Wagner. Car il l'aime d'abord dans sa personne et dans son caractère : il l'aime de ne pas être un bohème d'atelier ; il l'aime d'être un gentleman, un dandy ; il l'aime d'avoir toute la politesse d'un homme du monde. Il l'aime à cause de sa froideur et de sa réserve, de son exactitude et de sa solidité tout anglaises. Il admire en lui un homme supérieur à toutes les attaques auxquelles il ne daigne pas répondre, à tous les préjugés qu'il méprise tranquillement, sans affectation. Delacroix

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