‹ Charles BaudelaireChapitre 247 sur 257 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

l'art et l'œuvre 397

contient en elle trop de corruption, de désordre, pour que l'artiste puisse impunément la prendre pour modèle. Avec Delacroix, il ne considère l'univers visible que comme un vaste dictionnaire où l'on puise ses mots pour en composer des phrases, que comme un magasin d'images et de signes, « une espèce de pâture que l'imagination doit digérer et transformer '■ ». La nature n'est donc pas une composition en soi, mais une matière à composition, à création. Dans la nature il n'existe, à proprement parler, ni lignes, ni couleurs : c'est l'homme qui crée tout cela. « Si tel assemblage d'arbres, de montagnes, d'eaux et de maisons, que nous appelons un paysage, est beau, ce n'est pas par luimême, mais par moi, par ma grâce propre, par l'idée ou le sentiment que j'y attache ". »

Il s'ensuit que Baudelaire condamne le réalisme comme il condamne la photographie. Le réaliste, en voulant tout reproduire, sans choix, sans hiérarchie, se laisse écraser par une « émeute de détails, qui tous demandent justice avec la furie d'une foule amoureuse d'égalité absolue. Toute justice se trouve forcément violée ; toute harmonie détruite, sacrifiée ; mainte trivialité devient énorme ; maintepetitesse, usurpatrice. Plus l'artiste se penche avec impartialité vers le détail, plus l'anarchie augmente '.' »

Le beau est donc d'essence spirituelle. L'artiste doit avoir pour lui un amour exclusif; que ce soit

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