L'a.rt philosophique
l'art et l'œuvre 401
vanche, rélément relatif, circonstanciel, est déterminé tour à tour ou ensemble par Tépoque, la mode, la morale, la passion : en un mot le moment, le milieu, l'homme lui-même ^
Cet élément transitoire, c'est pour Baudelaire la modernité :
La modernité, c'est le transitoire, le fugitif, le contingent, la moitié de l'art, dont l'autre moitié est l'éternel et l'immuable. Il y a eu une modernité pour chaque peintre ancien ; la plupart des beaux portraits qui nous restent des temps antérieurs sont revêtus des costumes de leur époque. Ils sont parfaitement harmonieux, parce que le costume, la coilîure et même le geste, le regard et le sourire (chaque époque a son port, son regard et son sourire) forment un tout d'une complète vitalité. Cet élément transitoire, fugitif, dont les métamorphoses sont si fréquentes, vous n'avez pas le droit de le mépriser ou de vous en passer. En le supprimant, vous tombez forcément dans le vide d'une beauté abstraite et indéfinissable, comme celle de l'unique femme avant le premier péché ^.
L'artiste sera donc de son temps : être de son temps, pour Baudelaire, c'est être romantique. Il appelle romantisme, non pas l'école romantique avec laquelle il a rompu, mais la modernité de l'artiste français au xix^ siècle, sous le règne spirituel d'Eugène Delacroix. Dans ce romantisme, il n'y a point seulement la notion de temps, mais celle de ipilieu. Baudelaire reprend ici, en la complétant, lathéorie de Stendhal, qu'il cite, dans Racine et Shakespeare \
L'artiste est donc tenu de se mettre en rapport avec son temps. Baudelaire déclare préférer les excès des poètes socialistes et républicains, comme