Ibid
l'homme et la pensée 59
Pourquoi les démocrates n'.'iimeul ])as les cliats, il est facile de le deviner. Le chat est beau ; il révèle des idées de luxe, de propreté, de volupté, etc. '■.
Ces extraits des journaux intimes sont plus que les boutades d'un mécontent, d'un révolté. Baudelaire a sur la société moderne les mêmes idées, les mêmes préjugés que toute une génération de grands artistes et de grands penseurs : Renan, Flaubert, les Concourt, Leconte de Flsle, Tb. Gautier, pour ne nommer que ceux-là. 11 fait partie d'un groupe, — nous ne disons pas d'une école, — qui est en pleine réaction contre la France bourgeoise, embourgeoisée, contre le socialisme romantique, contre les utopies humanitaires issues de la Révolution, contre les dogmes proclamés par elle \ Chez ces hommes, chez Baudelaire, ne cherchez point d'ailleurs de préférence pour une forme déterminée de gouvernement. Ils ne sont pas orléanistes, car la monarchie de Juillet, la monarchie bourgeoise, leur est antipathique ; ils ne sont point non plus bonapartistes : le second Empire est à leurs yeux un gouvernement de parvenus; ils approuveront parlois ses velléités d'autoritarisme, mais ils se refuseront à se laisser inféoder au nom de l'art, — de l'art libre, mais le libéralisme leur feront hausser les épaules ; ils ne sont ni légitimistes, ni républicains. Ce qu'ils sont, c'est avant tout des ennemis