Ibid
2. A. Cassagne, La théorie de l'art pour l'art en France, Paris, 1906, II" p., ch. II : le sentiment aristocratique, p. 147 s.
de la démocratie, de ses deux grandes institutions : le suffrage universel, — « la honte de l'esprit humain », ainsi le qualifie Flaubert ^, — l'instruction primaire obligatoire. Ils ne croient ni à l'égalité, car ils sont des aristocrates, ni au progrès, car ils sont des pessimistes. Un gouvernement fort, ayant à sa tête des artistes, des savants, des penseurs ; une société hiérarchisée, basée sur la valeur de l'individu, non sur le nombre ; un monde organisé conformément aux lois sévères, impitoyables, de la nature, et non d'après des idées abstraites, irréalisables : voilà ce qui leur aurait convenu, voilà l'atmosphère dans laquelle ils se seraient sentis à l'aise. Mais ils voient l'évolution s'accomplir dans un sens opposé, — évolution qui est à leurs yeux une décadence : alors, ils se retirent sous leur tente, se cantonnent dans le culte exclusif de l'art, et, s'ils daignent jeter parfois un regard distrait sur la vie politique et sociale, c'est pour affirmer leur mépris.
Ainsi fait Baudelaire. Et il ne se contente point d'inscrire à la hâte ses impressions, ses idées, sur les feuilles d'un journal intime : il les expose publiquement. Prenez par exemple les deux préfaces qu'il a mises à ses traductions de Poe '. Il fait de Poe, qu'il identifie avec lui-même, le type du grand artiste né, pour son malheur, dans une société ennemie de l'art, égalitaire et tyrannique ; il fait des Etats-Unis le type de la démocratie mo-